L’horoscope de Rob Brezsny

Petit interlude dans l’écriture de mon roman…

Chaque semaine, je lis religieusement mon horoscope sur le site de Courrier International. Rob Brezsny est un étonnant astrologue qui a le don d’éclairer souvent mon chemin avec ses inspirantes tirades.

J’avais noté une de ses questions qui tentent d’ébranler le monde : Quels sont les dix objets que tu mettrais dans une capsule temporelle destinée à être ouverte par tes descendants dans deux cents ans ?

Je l’ai mis de côté en me disant : « Un jour, je déballerais cette bobine de fil. »

Alors voilà mes propositions :

Des glands de chênes verts et de grands chênes

L’Alchimiste de Paulo Coelho

L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back en DVD

Une trottinette électrique

Pieds d’argile de Terry Pratchett

L’intégrale de Game of Thrones en anglais (les livres)

Un panier de fruit mûrs d’été du sud de la France

Une photo prise avec un Polaroid de la Place de la République à Paris, les lendemains des attentats.

Une caisse de vin rouge

Le vinyle de Her

 

Un peu d’espoir, un peu de patrimoine…

Publicités

Poisonous

Alicia se promenait sur la mer des Caraïbes, sifflant un air de Johnny Cash. Dans sa petite barque qu’elle avait empruntée au Vieux Fou, elle voguait tranquillement en direction du soleil. Elle voulait essayer de pêcher pour amener quelque chose au repas qu’elle partagerait comme tous les jours avec tous les enfants du quartier. Tous orphelins, les ruelles de la petite ville portuaire étaient leur terrain de jeu. Ils étaient organisés grâce à l’autorité ferme de Mel, leur cheffe. Elle avait décrété qu’ils mangeraient au moins un repas par jour, le midi, en s’entraidant tous pour trouver chacun ne serait-ce qu’une broutille à partager avec tous les autres. Ils arrivaient presque toujours à manger à leur faim pour ce repas-là. Cette réunion quotidienne leur apportait aussi du réconfort, celui d’être ensemble, mais aussi un défi. Ils redoublaient d’efforts pour réussir à trouver sans chaparder.

Alicia avait accroché un petit coquillage à une ficelle, puis à un bâton. Elle savait comment et où ramer, mais elle ne connaissait rien à la pêche. Elle comptait bien apprendre. Elle avait vu le Vieux Fou faire plusieurs fois, et ça ressemblait à ça.

Quand la beauté du soleil levant sur la mer se fut éclipsée pour laisser le jour prendre possession de la ville, elle se décida à lancer sa canne à pêche de fortune, et attendit.

Autour d’elle, d’autres bateaux circulaient. Les mouettes allaient et venaient en jacassant. Toutes ces agitations produisaient toutes sortes de bruits autour d’elle. Puis elle commença a avoir une crampe. Elle n’aurait jamais pensé que la pêche puisse demander des efforts… Et de la patience !

Quand il fut pas loin de midi, elle hésita, mais décida de rester plus longtemps, loupant son repas, afin de tenter d’obtenir ne serait-ce qu’une petite sardine.

Le soir venu, déçue et affamée, elle finit par se résoudre, quand tout à coup le frémissement tant attendu se fit sentir au bout de sa canne. Toute sa fatigue s’envola. Concentrée sur la tension qu’elle sentait sur la ficelle, elle commençait à saliver en pensant au fameux plat qu’elle pourrait proposer à Froc, le garçon qui faisait la cuisine pour eux, car il savait faire de bons plats avec trois fois rien. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle était supposée faire. Elle repensa au Vieux Fou et tenta de tirer sur sa canne pour voir si quelque chose sortait de l’eau.

Elle ne s’attendait pas à une telle résistance. Elle tira plus fort, et finit par voir un poisson tout rond d’une vingtaine de centimètres émerger des flots. Ses yeux ronds semblaient fous. Il atterrit dans sa barque en rebondissant partout. Elle le regarda et eut soudain pitié. Il avait l’air de souffrir. Il sautait et se cognait sur le bois de la barque.

Sans trop savoir ce qu’elle faisait, elle prit le sceau qu’elle avait pris soin d’emmener pour y mettre ses trouvailles, le remplit d’eau de mer et relâcha le poisson dedans. Celui-ci sembla s’apaiser tout d’un coup et ne presque plus bouger. Il recracha mollement le petit coquillage dans l’eau du sceau.

Alicia le regarda. Le coquillage vide retomba dans le fond. Il n’y avait pas beaucoup de place alors le poisson ne pouvait pas vraiment nager. Elle s’affala dans le fond de la barque. Elle sentait qu’elle ne pourrait pas lui faire de mal. Mais rentrer sans rien… Elle était abattue, triste, et affamée. 

Elle rentra lentement au port. Elle ramena le sceau avec le poisson dans son coin de ruelle, luttant contre la fatigue qui lui sapait toutes ses forces.

Mel attendait non loin. Elle s’était inquiétée de ne pas voir arriver Alicia à midi. Elle fut soulagée. Lorsqu’elle s’aperçu qu’Alicia portait un chargement, son intérêt fit briller ses yeux. 

Alicia prit soudain de panique, posa le sceau dans la rue. Son esprit alla très vite, elle devait trouver une excuse pour que personne ne vienne manger son poisson rescapé. 

Alors elle dit simplement à Mel :  » C’est un poisson qui ne peut manger que du poison. »

Elle redouta la réaction de Mel, se disant qu’elle la traiterait sans doute de folle, qu’un poisson ça ne mange pas de poison. Mais son visage s’éclaira d’émerveillement. Elle la cru tout en block. 

« C’est vrai ? C’est génial ! Ça sera notre mascotte ! On va lui trouver un bocal plus grand quand même  !! »

Soudain, l’euphorie s’empara des deux gamines et elles se mirent à danser en chantant autour du sceau avec le poisson qui restait penaud, dubitatif.

Les enfants l’appelèrent « Poisonous ».

Court texte sur le mot « Poisonous ». J’ai un peu dérivé sur la sonorité du mot prononcée en français avec sa signification véritable… 

En lisant divers publications sur WordPress, je suis tombée sur une sur l’Inktober, que je connais bien. Je ne savais pas qu’on y imposait parfois des thèmes par jour. Comme j’ai tendance à n’en faire qu’à ma tête, j’ai pris les thèmes, sans qu’on soit en octobre, pour m’en faire des défis d’écriture quand j’en ai envie. Et là, j’en avais envie, alors j’ai commencé par le premier !

Suites sur les Héroïnes

Il y a plus d’un an, j’avais écrit cet article à l’occasion de la journée internationale de la femme, pour parler en gros, de la place des personnages féminins dans la littérature.

Je suis tombée sur une belle surprise : ce tumblr qui vise les personnages féminins en bande dessinée. La page d’accueil présente des couvertures classiques de BD en tout genre, légèrement revisitées… Ils ont remplacé les personnages masculins, (les héros, les personnages principaux) par leur équivalent féminin.

J’ai choisis celle-ci comme exemple, que je trouve particulièrement pertinente, à cause de ce que présente la situation : domination, maîtrise physique, nudité, ce regard soumis, cette expression assurée et prometteuse, le cadrage qui n’épargne rien de la nudité qui aurait pu être partiellement cachée, le noir dominant en arrière plan qui créé du contraste et renforce le focus sur le corps en avant, et enfin le commentaire navrant qui fait office de titre.

En effet, on commence à peine à en parler, il y a une certaine « culture du viol » qui existe depuis longtemps qui semble récemment exacerbée, notamment au cinéma. C’est-à-dire que le viol, c’est pas si grave, c’est souvent romancé, c’est presque sexy… J’ai l’impression parfois qu’on recule 50 ans en arrière sur certaines idées reçues populaires. Dans de nombreux films, livres et bandes dessinées, les viols sont montrés et loin d’être nécessairement condamnés, on dit carrément que c’est pas si grave, que c’est acceptable, courant, qu’en gros, ça sert à rien de trop s’offusquer, les femmes sont faibles et n’ont aucun moyen de défense, autant s’y résigner et puis tant qu’à faire en profiter !, faudrait pas non plus faire sa « chochotte ». Dans les pires cas, c’est carrément la fille « qui l’a bien cherché ». Sans compté cet horrible et perfide côté délibérément sexy. On le sait, de nombreuses personnes fantasment sur le viol et diffuser ce type d’image, c’est littéralement alimenter ces pulsions de violence. (Faut-il rappeler que le viol c’est un des actes les plus VIOLENTS que l’humain puissent s’infliger ?)

D’ailleurs, la violence, c’est un sujet quasiment tabou. On justifie de plus en plus l’omniprésence de la violence dans les médias et la culture visuelle actuelle, comme si on avait pas le droit de s’offusquer. Je me le fais souvent dire et je trouve ça triste et révoltant.

Si vous avez vu la dernière saison de Game of Thrones, vous y verrez comment une série de roman que j’appréciais entre autres parce que les personnages féminins sont aussi forts et/ou fuckés que les personnages masculins, où la violence était déjà à la limite de l’acceptable, devenir une effroyable série d’images de violence totalement gratuite où y figurent entre autres, plus de têtes coupées, plus de sang et plus de viols qu’on montre directement à l’écran (alors que s’il fallait absolument le mettre, on aurait pu le suggérer) et complètement absents des livres, tout ça pourquoi ? Pour vendre. C’est assez dégoûtant de penser qu’il faut montrer le plus laid de l’humanité pour vendre un produit de divertissement visuel. De manière générale, je reste confuse et sceptique devant les arguments pro catharsis qui justifient ces choix. À mon avis, ça ne rends pas service à nos esprits déjà tordus et tourmentés, d’être sans cesse saturés d’une violence et d’une perversité banalisées.
Pour en revenir aux héroïnes et à GoT, la série exacerbent beaucoup trop le corps des femmes (totalement nues, la plupart du temps) et la violence envers elles, par rapport aux personnages masculins (alors qu’on avait de bon potentiels de plan sur des assez belles fesses d’hommes, merci !(bien que ça n’aurait rien enlevé à ce que je pense)).

Pour en revenir à ce tumblr, en bande dessinée (comme ailleurs) et en particulier dans les BD d’actions, les BD policières ou d’enquête, la SF et la Fantasy, il n’y a pas que le viol, il y a toutes ces fois où on voit des femmes nues juste parce que ben, c’est beau, où on montre des femmes qui sont totalement impuissantes et qui n’ont jamais d’autres alternatives que laisser passer la violence, physique ou morale et attendre bien gentiment (en râlant un peu parfois, ce qui souvent est utilisé pour répéter que les femmes n’arrêtent pas de râler) de se faire délivrer par… un homme, plus gentil que les autres méchants, mais qui profitera éventuellement du paiement de son service « en nature », comme on le suggère la plupart du temps, parce qu’après tout, c’est ça qui est cool, quand on est un vrai aventurier ! Et il ne faut pas se le cacher, c’est aussi pour ça que tous les garçons rêvent de ces personnages. Quel pied, avoir des aventures, toujours réussir, sauver des filles canons qui servent à rien pour après profiter à souhait des « obligations » de celles-ci envers eux. Ben voyons.

Dans le même sujet, un superbe court-métrage qui met de façon évidente en exergue la banalisation du sexisme. À voir et à partager.