Pisse de chien

Voici la suite de mon récit qui est supposé être un roman en devenir. Je n’ai pas encore de titre général, mais je peux y mettre un titre de chapitre. Ça pourra vous sembler dur à suivre, je vous invite donc à lire ou relire le début. Et j’essaierai d’être plus régulière pour les prochains épisodes.

La semaine suivante, je suis soudain frappée par la pâleur du ciel pourtant bleu. Je décide d’arrêter de me morfondre et de prendre le conseil que Gandalf donne à Frodon : « Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti. » Et quoi de mieux qu’un peu d’humour pour égayer nos cœurs tristes ?

Je commence alors à fomenter des plans machiavéliques. Comme mon collègue que je déteste tant part toujours plus tôt que moi (parce qu’il arrive plus tôt, gna gna gna), je ferme la porte de notre bureau commun pour librement y préparer mes gratuités magiques.

J’ai fait une liste de mauvais coups possibles, mais j’ai du en éliminer plusieurs, de peurs de représailles ou bien simplement d’en pâtir moi-même autant, me trouvant dans le même espace. J’ai donc du abandonner mon idée de déposer un morceau de durian dans un coin obscur, ou tout ce qui est lié aux odeurs. C’est bien dommage, les mauvaises odeurs sont dans mon top de blagues méchantes. Que me reste-il alors ?

Le visuel ? J’ai effectivement entreprit de « décorer » ma partie du bureau (donc intouchable, politiquement correct parlant) qui est orientée en face de la sienne. De cette façon, il a bien en vue les quatre immenses affiches sur la fête de la choucroute que nous avons produites pour des clients (c’était parmi nos plus belles commandes). J’ai retrouvé un vieux calendrier pour des opticiens avec des photos de « M Pokora » si ridicule que je me marre à chaque fois que je les vois. Mais ce n’est pas suffisant.

Je réfléchis. Il me faut quelque chose qui ne m’incrimine pas, parce qu’il s’agit là de pure méchanceté et non d’une boutade entre amis, dont on sait bien de qui ça vient et à qui on prépare des représailles à hauteur de l’affront, mais au fond c’est pour rigoler. Non, là, il n’y a pas d’humour, pas de légèreté, c’est de la vengeance froide et acide.

Après quelques recherches, je finis par trouver une idée en or, mais difficile à réaliser. Peu importe, je relèverai le défi ! Il me faut donc « collecter » de la pisse de chien… Pas facile, mais quand on veut on peut, n’est-ce pas !

Je me dis que je vais tout simplement demander. Ça paraîtra bizarre, mais pourquoi pas. Je regarde donc où sont situés les parcs à chiens dans les environs de chez moi. J’ai vraiment du temps à perdre à mon boulot, alors je continue de prendre un air sérieux tout en jaugeant sur Google street view quel parc à chien à l’air d’être fréquenté par des propriétaires de chien qui me laisseront récupérer l’urine de leur chien…

Le soir, pleine d’un sentiment partagé de honte et d’aventure, je me lance. Une grande partie de moi-même rigole à temps plein dans ma tête. Je me dis que rien que pour ça, ça en vaut la peine.
J’arrive à hauteur du parc. J’observe en respirant profondément. Ça me rappelle quand je devais appeler quelqu’un quand j’étais jeune. J’avais l’impression que le combiné allait m’aspirer, que des lutins nains à l’intérieur du monde virtuel et bizarre des communications me guettaient et n’attendaient que le moment opportun pour me sauter dessus et me torturer.
Je choisis un gars relativement jeune qui regarde son téléphone d’un air blasé. Je vais le voir, prête à dévier ma trajectoire au dernier moment.

« – Bonjour, euh… »
Temps de réaction, il relève la tête, un peu absent, se rend compte que je lui parle. En désespoir, je lui lance un grand sourire.
« – Euh, bonsoir …? »
– J’ai une demande quelque peu particulière… Euh, c’est pour une blague entre amis… » Un petit mensonge pour faire croire que je suis quelqu’un de drôle et sympathique. Je sors mon Tuperware en plastique, seul contenant que je me suis décidée à « sacrifier ». « J’ai besoin de collecter du pipi de chien… ».
Le gars me regarde comme la dernière des demeurées, puis comme la pire des dégueulasses. Vraiment très expressif ce garçon.
« – Vous êtes pas bien…  » Sur quoi il me tourne le dos et se barre en tirant sur la laisse du chien.
« – Euh ok, c’est pas grave… »

Les joues rouges et la gorge nouée de honte, je me retranche. Je regarde autour de moi, personne ne semble témoin de mon désarrois, ce qui me rassure. Je vise un banc à côté et vais m’y écrouler pour respirer un peu, jetant mon Tuperware à côté. Je me trouve bien bête. Passer mon rare temps libre à fomenter un acte répréhensible. C’est pas très bouddhiste qui aime son prochain tout ça…

Et en même temps… On est pas sur terre pour se faire emmerder par des collègues qui n’arrêtent pas de faire des blagues putrides de viols, entre autres blagues sexistes. Je grogne et ma détermination a repris le dessus. Je repars à l’attaque. Une dame se dirige vers mon banc avec un petit chien trottinant à côté. Je me dis que ça fera moins de pisse, mais que je dois essayer.

« – Bonsoir madame… Je m’excuse de vous déranger… C’est un peu gênant mais… Je suis en première année de Pharma et j’ai le droit à un bizutage… Je dois obtenir de la pisse de chien… »
Je lui montre mon Tuperware et affiche un air mi-dépité, mi-désespéré.
Elle me lance un sourire bienveillant et dans ses yeux brillent l’excitation du jeu entre gamins.
« – Bonsoir jeune fille. Alors ça, on me l’avait jamais faite !
Je veux bien vous aider, mais il a déjà fait pipi , alors… Je le fais un peu marcher, et puis on rentre. Même s’il refait pipi, il faudrait que vous m’accompagniez jusqu’au bout, et puis même s’il levait la patte, il faudrait que vous soyez très rapide, et qu’il vous laisse faire surtout ! Parce que je suis pas sûre qu’il vous laisse récolter sa pisse comme ça, voyez… »
Elle s’assoit en respirant un peu difficilement. J’ai instinctivement de l’affection pour elle.
– « C’est vrai… Je n’avais pas réfléchit à ça, je ne pense pas que j’aimerais qu’on vienne dans mes toilettes avec un Tuperware ! »
Elle s’esclaffe, riant de bon cœur comme quelqu’un qui saisit toutes les occasions de rire.
Je me lève.
« Bon eh bien, je ne vous dérange pas plus longtemps ! Bonne soirée à vous et merci quand même ! »
« Bonne soirée jeune fille ».

« Jeune fille »… mouais. Question de point de vue j’imagine.

Je rentre tranquillement chez moi en humant l’air frais du soir. 
En y repensant, je me dis : Pharma, c’est pas si bête … Laboratoire… Mais on ne teste pas l’urine de chien… Sauf chez les vétérinaires ! Enfin… Est-ce qu’on fait des analyses urinaires canines ? On fait bien des pantoufles pour très petites pattes avec des noeux roses… Je pourrais demander chez un véto de me filer sa flasque, plutôt que de bêtement la jeter… Le prétexte du bizutage n’est pas mal, il me semble que ça peut marcher.
Et voilà comme une envie de vengeance mesquine se transforme en plan d’un machiavélisme international. Je me sens bien pour la première fois depuis un moment, et je m’en vais me coucher après un mars glacé bien mérité.

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L’horoscope de Rob Brezsny

Petit interlude dans l’écriture de mon roman…

Chaque semaine, je lis religieusement mon horoscope sur le site de Courrier International. Rob Brezsny est un étonnant astrologue qui a le don d’éclairer souvent mon chemin avec ses inspirantes tirades.

J’avais noté une de ses questions qui tentent d’ébranler le monde : Quels sont les dix objets que tu mettrais dans une capsule temporelle destinée à être ouverte par tes descendants dans deux cents ans ?

Je l’ai mis de côté en me disant : « Un jour, je déballerais cette bobine de fil. »

Alors voilà mes propositions :

Des glands de chênes verts et de grands chênes

L’Alchimiste de Paulo Coelho

L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back en DVD

Une trottinette électrique

Pieds d’argile de Terry Pratchett

L’intégrale de Game of Thrones en anglais (les livres)

Un panier de fruit mûrs d’été du sud de la France

Une photo prise avec un Polaroid de la Place de la République à Paris, les lendemains des attentats.

Une caisse de vin rouge

Le vinyle de Her

 

Un peu d’espoir, un peu de patrimoine…

Poisonous

Alicia se promenait sur la mer des Caraïbes, sifflant un air de Johnny Cash. Dans sa petite barque qu’elle avait empruntée au Vieux Fou, elle voguait tranquillement en direction du soleil. Elle voulait essayer de pêcher pour amener quelque chose au repas qu’elle partagerait comme tous les jours avec tous les enfants du quartier. Tous orphelins, les ruelles de la petite ville portuaire étaient leur terrain de jeu. Ils étaient organisés grâce à l’autorité ferme de Mel, leur cheffe. Elle avait décrété qu’ils mangeraient au moins un repas par jour, le midi, en s’entraidant tous pour trouver chacun ne serait-ce qu’une broutille à partager avec tous les autres. Ils arrivaient presque toujours à manger à leur faim pour ce repas-là. Cette réunion quotidienne leur apportait aussi du réconfort, celui d’être ensemble, mais aussi un défi. Ils redoublaient d’efforts pour réussir à trouver sans chaparder.

Alicia avait accroché un petit coquillage à une ficelle, puis à un bâton. Elle savait comment et où ramer, mais elle ne connaissait rien à la pêche. Elle comptait bien apprendre. Elle avait vu le Vieux Fou faire plusieurs fois, et ça ressemblait à ça.

Quand la beauté du soleil levant sur la mer se fut éclipsée pour laisser le jour prendre possession de la ville, elle se décida à lancer sa canne à pêche de fortune, et attendit.

Autour d’elle, d’autres bateaux circulaient. Les mouettes allaient et venaient en jacassant. Toutes ces agitations produisaient toutes sortes de bruits autour d’elle. Puis elle commença a avoir une crampe. Elle n’aurait jamais pensé que la pêche puisse demander des efforts… Et de la patience !

Quand il fut pas loin de midi, elle hésita, mais décida de rester plus longtemps, loupant son repas, afin de tenter d’obtenir ne serait-ce qu’une petite sardine.

Le soir venu, déçue et affamée, elle finit par se résoudre, quand tout à coup le frémissement tant attendu se fit sentir au bout de sa canne. Toute sa fatigue s’envola. Concentrée sur la tension qu’elle sentait sur la ficelle, elle commençait à saliver en pensant au fameux plat qu’elle pourrait proposer à Froc, le garçon qui faisait la cuisine pour eux, car il savait faire de bons plats avec trois fois rien. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle était supposée faire. Elle repensa au Vieux Fou et tenta de tirer sur sa canne pour voir si quelque chose sortait de l’eau.

Elle ne s’attendait pas à une telle résistance. Elle tira plus fort, et finit par voir un poisson tout rond d’une vingtaine de centimètres émerger des flots. Ses yeux ronds semblaient fous. Il atterrit dans sa barque en rebondissant partout. Elle le regarda et eut soudain pitié. Il avait l’air de souffrir. Il sautait et se cognait sur le bois de la barque.

Sans trop savoir ce qu’elle faisait, elle prit le sceau qu’elle avait pris soin d’emmener pour y mettre ses trouvailles, le remplit d’eau de mer et relâcha le poisson dedans. Celui-ci sembla s’apaiser tout d’un coup et ne presque plus bouger. Il recracha mollement le petit coquillage dans l’eau du sceau.

Alicia le regarda. Le coquillage vide retomba dans le fond. Il n’y avait pas beaucoup de place alors le poisson ne pouvait pas vraiment nager. Elle s’affala dans le fond de la barque. Elle sentait qu’elle ne pourrait pas lui faire de mal. Mais rentrer sans rien… Elle était abattue, triste, et affamée. 

Elle rentra lentement au port. Elle ramena le sceau avec le poisson dans son coin de ruelle, luttant contre la fatigue qui lui sapait toutes ses forces.

Mel attendait non loin. Elle s’était inquiétée de ne pas voir arriver Alicia à midi. Elle fut soulagée. Lorsqu’elle s’aperçu qu’Alicia portait un chargement, son intérêt fit briller ses yeux. 

Alicia prit soudain de panique, posa le sceau dans la rue. Son esprit alla très vite, elle devait trouver une excuse pour que personne ne vienne manger son poisson rescapé. 

Alors elle dit simplement à Mel :  » C’est un poisson qui ne peut manger que du poison. »

Elle redouta la réaction de Mel, se disant qu’elle la traiterait sans doute de folle, qu’un poisson ça ne mange pas de poison. Mais son visage s’éclaira d’émerveillement. Elle la cru tout en block. 

« C’est vrai ? C’est génial ! Ça sera notre mascotte ! On va lui trouver un bocal plus grand quand même  !! »

Soudain, l’euphorie s’empara des deux gamines et elles se mirent à danser en chantant autour du sceau avec le poisson qui restait penaud, dubitatif.

Les enfants l’appelèrent « Poisonous ».

Court texte sur le mot « Poisonous ». J’ai un peu dérivé sur la sonorité du mot prononcée en français avec sa signification véritable… 

En lisant divers publications sur WordPress, je suis tombée sur une sur l’Inktober, que je connais bien. Je ne savais pas qu’on y imposait parfois des thèmes par jour. Comme j’ai tendance à n’en faire qu’à ma tête, j’ai pris les thèmes, sans qu’on soit en octobre, pour m’en faire des défis d’écriture quand j’en ai envie. Et là, j’en avais envie, alors j’ai commencé par le premier !