Pitt et la Sorcière, suite

Ah la plaie infectée ! pensa la sorcière. Avec ce nigaud qui me suit, ça va encore me ralentir… Chasseur de prime, à tous les coups. Pff, ces chacals se reproduisent à une allure!
Elle marchait depuis quelques heures en direction de l’est, pour tenter de trouver ces maudits pandas. Elle avait tout de suite repéré son suiveur, un grand dadet, l’air pas fute-fute. Elle ralentit progressivement jusqu’à sentir suffisamment proche la présence de Pitt. Là, à hauteur d’un acacia en fleur, elle fit brusquement volte-face et le doigt tendu vers Pitt elle cria : terence hill « Éh, toi, là-bas ! »
Pitt bondit de surprise et en hâte, se cacha derrière un jeune micocoulier du bord de la route.
La sorcière était abasourdie par l’idiotie et la couardise de son poursuivant.
« Éh toi là bas ! Si tu crois que je te vois pas ! Sors de là avant que je te change en vilain canard. »
Pitt eût un tressaillement. Il hésita puis s’écarta doucement de l’arbre, comme s’il avait peur de provoquer la sorcière en bougeant trop vite. Soudain, il sentit quelque chose sur sa tête et cria en agitant les bras. Puis un oiseau s’envola en caquetant de réprobation. Pitt passa la main sur ses cheveux et sentit un liquide épais et visqueux. Il regarda sa main et vit que c’était seulement une fiente. Il essuya sa main dans les broussailles en jurant discrètement et revint sur la route. Il regarda la sorcière. Elle avait l’air de penser qu’il était vraiment le dernier des abrutis. Il rougit.
« …Pourquoi tu me suis, qu’est-ce que tu me veux ? »
« Euh… Ben parce que je vous aime ! »
La mâchoire de la sorcière craqua en tombant bien bas et ses yeux étaient exorbités. Puis elle se mit à rire. Ça doit être un chasseur débutant qui croit qu’il pourra m’avoir par la naïveté, pensa-t-elle.
« Tu es fou. Et moi je n’ai pas de temps à perdre avec les fous. Si tu continues à me suivre, tu trouveras la mort, je te le garantis. Je ne te le répéterai pas  »

Sur ces mots, elle reprit la route, menant son âne par une corde. Elle avait su dissimuler sa réaction face à cette déclaration déstabilisante, quoique probablement factice. Elle marchait en songeant à ça quand elle s’aperçut qu’une fois de plus, elle était suivie. Elle soupira et continua sa route. Elle savait qu’elle ne courrait pas grand danger avec lui.
Ils voyagèrent ainsi une semaine, toujours à distance respectable. Ils passèrent au travers d’une large vallée qui paraissait prospère, avec sa végétation généreuse. Ici et là, on voyait de larges fermes où les enfants courraient après les poules. Ils croisèrent un troupeau de moutons dirigé par trois chiens et un berger caustique qui claudiquait comme un canard à cause de sa jambe de bois. Pitt était émerveillé par chaque paysage qu’il découvrait. Il n’était jamais allé plus loin que son village natal qui était proche de Robuste-groin-en-manchette ainsi que la forêt qui l’accotait où il allait se promener gaiement. Il n’avait jamais lu ni vu de livres d’image, il avait seulement entendu parler des contrées avoisinantes par les marchands ambulants et les rares aventuriers qui osaient passer par Robuste-groin-en-manchette. Ces récits avaient nourri ses rêves la nuit. Même si ce qu’il trouvait maintenant sous ses yeux ne ressemblait pas à l’idée qu’il s’était faite, il était ravi. Il pouvait composer un tableau fait de sensations, grâce aux odeurs, aux goûts si différents de ce qu’il connaissait.

La sorcière trouvait toujours le moyen de se faire offrir à manger dans une mansarde de paysan où dans l’auberge du village. Elle y dormait aussi, la plupart du temps. Pitt, lui, était trop timide et n’osait pas demander à des inconnus ce qu’il ne pouvait payer. Mais il commençait à se lasser des fruits et il avait finit depuis longtemps le pain et le fromage qu’il avait à l’origine amené pour une courte promenade. Aussi, il dormait à la belle étoile sur les bord des chemins, à la sortie du village pour être sûr de ne pas manquer la sorcière le lendemain. Elle s’était comme habituée à sa présence discrète.
Un matin, la sorcière, se désespérant de le voir grignoter ses petits fruits en faisant mine d’apprécier, lui fit offrir un repas et un lit dans l’auberge où elle restait. Pitt avait accepté avec une grande révérence. Pendant le repas qu’il savourait visiblement, il questionna la sorcière sur son passé, sur ses origines, sa jeunesse, tout en ne cessant de l’observer. Il obtint quelques bribes d’informations mais elle resta globalement acariâtre et récalcitrante. Il lui déclara encore une fois, sans pouvoir y résister : « Je vous aime ! »
« Tu vas me lâcher oui! Je t’offre à manger et tu continues à m’emmerder ? Tu pourrais au moins avoir avoir suffisamment de gratitude pour te taire, nom d’un fennec. »
Ce qui mit un terme à la discussion et installa un certain malaise.

th (1)Ils reprirent la route le lendemain matin. Pitt était en pleine forme, après une bonne nuit dans un vrai lit et un bon repas. La sorcière semblait malgré elle avoir accepté Pitt comme compagnon de voyage. Il essayait en contre-partie, de lui être agréable et tenta d’animer leur quotidien de blagues qu’il inventait au fur et à mesure. Mais la sorcière n’appréciait guerre son humour et le fit sèchement taire une fois de plus. Ce à quoi il s’occupa sagement, mis à part quelques sifflotements.
Le soleil venait à peine de se coucher dans cette journée claire et ils parvinrent à la plus grande ville que Pitt avait jamais vue. Évidemment c’était la première ville qu’il visitait. Il était presque fébrile d’émotion en marchant dans les quelques rues pavées. La sensation de ses pieds sur ces pavés durs et froids lui paraissait étrange. Soudain, il prit conscience que quelque chose n’allait pas, car un silence peu coutumier s’était installé. En plein milieu de l’avenue principale, une femme avec un grand chapeau semblait faire face à la sorcière qui s’était arrêtée. La brise siffla d’un air menaçant. Pitt ne distinguait nul mouvement, les gens s’étaient arrêtés dans leur tâches quotidiennes et regardaient en retenant leur souffle. Pitt observa le visage de la sorcière. Il était à la fois dur et inexpressif. Pitt se demandait si elle connaissait la femme au chapeau. Il ne savait que faire et le temps paraissait s’étirer.
Tout se déroula en un clin d’œil. La femme dégaina une arme qui disparut aussitôt dans un léger nuage de fumée et « pouf ». Elle regarda sa main, éberluée. Elle tenait une branche d’acacia en fleur. Elle ragea et se retourna pour s’en aller, visiblement très contrariée. Quand Pitt se tourna vers la sorcière, elle était déjà en train d’entrer dans une auberge. Il la rattrapa en courant.
« C’était qui ? »
Il était manifestement excité par cet épisode. La sorcière ne répondit pas. Pitt ne put en savoir davantage.

Le soir suivant, ils arrivèrent dans une cité similaire mais un peu plus grande encore. Pitt était de nouveau émerveillé, sautillant sur place d’excitation, ce qui lui donnait un air bizarre à cause de sa grande corpulence. Cette fois, ce ne fut pas une simple chasseuse de prime qui s’opposa à eux, mais toute une bande de voyous. Pitt eût un peu peur.
« Eux aussi ils courent après les soixante millions de double-pistoles? »
La sorcière le regarda en haussant un sourcil.
« Donc tu ES au courant de la prime sur ma tête… »
Elle se tourna vers la bande de malfrats mal froqués aux rires sardoniques. À les voir se pâmer ainsi, ils étaient déjà victorieux. Une fois de plus, tous les mouvements des habitants avaient cessé en un instant et le silence était seulement ponctué de ricanements goguenards. Puis une musique parvint aux oreilles de Pitt. Il regarda aux alentours et vit un vieillard qui jouait du banjo. Sa musique était comme faite pour soutenir le suspense. Soudain, il s’emballa, le rythme endiablé semblait appeler de l’action.

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5 réflexions sur “Pitt et la Sorcière, suite

  1. Sandra, c’est vrai que c’est un peu dommage que l’histoire soit au passé. Il serait peut-être plus facile de s’y plonger et de la vivre pleinement si on avait le sentiment que les évènements se déroulent sous nos yeux. A moins que ce début d’histoire ne soit que le prologue d’une autre histoire dont les deux héros (Pitt ainsi et la sorcière) vivraient une une aventure « au présent ».

    Je pense que ce que Clair a voulu dire, c’est que par moment les évènements ne sont peut-être pas assez développés et/ou s’enchaînent trop vite. En particulier à la fin lors des deux « combats » dans les villes respectives, où 24 heures passent en l’espace de deux lignes pour installer une situation quasiment identique à la précédente.

    Malgré tout, je serais bien curieux de savoir ce qui va advenir des héros dans la suite de cette histoire, qui malgré quelques « erreurs » (que je commets moi-même parfois dans mes propres textes), se laisse suivre plutôt facilement.

    Cordialement,
    Clément

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