NaNoWrimo, ou ce qui s’en rapproche

Après plusieurs années d’absence, je reviens, telle une nouvelle femme, pour écrire à nouveau sur ce blog. J’avais, je l’avoue, un peu oublié son existence. J’ai relu avec plaisir et amusement les différents textes que j’avais publié et revu avec un sourire bienveillant mes dessins et BD…

Je me suis remise à l’écriture il y a quelques temps déjà, sans parvenir à trouver suffisamment de temps pour m’y consacrer autant que je voudrais, la faute à trop d’heures dans un emploi par ailleurs fort peu intéressant. C’est d’ailleurs ce qui a amorcé l’idée de cette nouvelle histoire de fiction à la première personne. J’ai souhaité écrire sur le long, sans trop savoir dans quoi je m’aventurais. Je me dis que de publier mes avancements ici me permettra de m’auto-encourager, et peut-être, parmi mes anciens lecteurs ou de nouveaux aventuriers, y en aura t’il pour m’encourager également par leurs commentaires.
J’ai tenté de suivre le rythme du NaNoWrimo, mais c’est beaucoup trop intense pour le peu d’heure que j’ai de disponibles :/.

Le titre est encore en recherche !

***

Ce matin, quand j’arrive devant mon bureau, comme d’habitude, je prends une grande respiration pour tenter d’évacuer la boule que j’ai dans la gorge, avant de plonger à travers la porte d’entrée. Je me plaque mon masque de neutralité bienveillante, je dis bonjour à la secrétaire et à mon collègue, les seuls déjà arrivés.
Je fais toujours un sourire à la secrétaire, je sais qu’elle m’aime bien, je sais aussi qu’elle est complètement timbrée, et il faut toujours sourires aux fous. Je fais un petit salut discret à mon collègue en le regardant à peine, aimable comme l’haleine des poivrots le matin. C’est mon supérieur, je devrais sans doute le respecter, sauf que je le déteste. J’essaie de rester cordiale et de ne pas céder à mes envies de meurtres ou de mesquineries, alors pour compenser, je demeure d’une froideur imparable.
Je l’aimais bien au début, il était sympa, il avait un humour de merde, aucun bon goût, à part sa passion pour le rock et en particulier Queen, (c’est vraiment son seul point positif), mais il était sympathique, alors je le laissais faire ses blagues pourries. Seulement tout a changé lorsque pendant un court séjour à l’étranger pour le travail, il a essayé de me chopper. Sur le coup, je l’ai remballé gentiment en lui disant avec fermeté d’aller baiser sa femme et de me laisser tranquille, mais en y réfléchissant, le fait qu’il se permette d’essayer, alors qu’il a une femme et deux enfants, que j’ai moi-même un copain, bon ok, ça ne ralentit pas tout le monde, mais qu’il n’ait pas réfléchi aux conséquences de ses actes (c’est à dire de vivre avec un éternel malaise tous les jours au boulot, géniaaaal), qu’il s’est dit que c’était ok de s’essayer sur sa jeune et ravissante assistante, juste parce que c’est là, possible, que sur un malentendu ça pouvait marcher !
Ah ! Ça me mets encore en colère. Et puis il a pensé à quoi ? Que sa grosse carcasse suintante de frustration contenue allait peut-être, potentiellement, on sait jamais, m’attirer ?
Je le regarde, là, en face de moi, en ce moment-même et je retrousse les lèvres comme quand on passe derrière un camion poubelle. D’ailleurs c’est fou, mais je trouvais déjà qu’il puait la clope, le café et la misère intellectuelle, mais il pue aussi la vieille bite molle et moite, désormais !! Oh, misère.
Et puis on travaille dans le même bureau, donc c’est sympa comme tout. Brrr !
Enfin, je me concentre sur mon travail, pour éviter de surchauffer, comme d’habitude. Les autres collègues arrivent au compte goutte, je les salue tous avec une demi-teinte de chaleur, ou l’exacte reproduction de ce qu’ils m’envoient.
Je les regarde avoir envie d’avoir l’air cool. Par esprit de rébellion, je revois certaines images de mon week end, en compagnie d’un jeune homme fort joli, dans mon lit. Je me dis que mes collègues ont probablement tous une sexualité inexistante et pitoyable et que ça explique leur médiocrité en tant qu’êtres humains. J’ai parfois une vague de compassion pour eux, puis je me remets à les mépriser.
C’est la fin de la saison, alors il y a de moins en moins de travail. Je ne le dis pas, évidemment, on risquerait de me coller des sous-tâches de sous-merdes, comme l’inventaire des objets du bureau. C’est hors de question.
Alors je prends du grade dans la capacité subtile de faire semblant de travailler. Je zone sur les sites d’actualités, je joue à différents jeux gratuits sur internet, j’explore le monde via Google map. Il faut savoir qu’en dézoumant au maximum on peut regarder l’espace ! Il y a toutes les planètes de notre galaxie. On peut même visiter une station spatiale.
J’ai, bien sûr, toujours un grand tableau excel très complexe, avec plein de couleurs et remplis d’infos et de chiffres pour les cas où un collègue passerait derrière mon écran en surprise. Je fronce aussi de façon permanente les sourcils, pour me donner l’air concentré. Ce n’est sûrement pas le meilleur traitement pour mes rides naissantes, mais on ne peut pas lutter sur tous les fronts.
Même si je m’en fous royalement, j’ai toujours de grands tressautements dans mon cœur coupable à l’idée qu’on puisse me surprendre en flagrant délit. C’est éreintant de faire semblant, mais ça procure aussi un certain plaisir. J’ai des moments de jouissance de l’esprit, comme s’il était un petit oiseau et qu’en regardant le ciel qui est parfois bleu, j’arrive à le faire prendre son envol et jouer dans l’air pur d’un après midi bercé par le soleil froid de l’hiver.
J’ai parfaitement conscience d’être un brin mièvre. C’est sans doute une tendance naturelle chez l’être littéraire et sensible, de s’abandonner à une nostalgie sentimentale à travers les voyages de l’esprit. Loin de penser qu’il s’agit là d’une bizarrerie, d’un trait de personnalité un peu en marge, je revendique ce que je considère comme étant la preuve de ma supériorité sur les médiocres êtres humains qui m’entourent.
Car un jour, je ferai un action d’éclat retentissante et le monde entier sera en admiration devant moi. Je n’ai pas du tout un ego surdimensionné.

On mange à 13h, parce que les « pauvres » collègues qui arrivent tard n’ont pas faim avant. Autrement dit, je me consume littéralement chaque avant-midi. Je bois de l’eau en grandes quantités pour remplir mon estomac vociférant, et souvent, je l’avoue, pour me réhydrater après un apéro un peu trop rigolo la veille. Je sais, sortir en semaine, c’est mal, mais je me l’excuse sous prétexte que je dois décompresser après le travail.
La pause lunch, c’est toujours l’angoisse. J’appréhende les discussions sans y prendre part, la plupart du temps. Quand ça parle de politique, je refoule mon horreur devant les propos émis et retourne vite travailler, tentant de ne pas vomir de dégoût pour l’humanité toute entière.
La dernière fois, j’ai été encore frappée par un grand décalage abyssal qui me contraint de de me retrancher dans un mutisme choqué. La copine du patron et le patron, le couple de beaufs de droite raciste de banlieue riche, trop pauvres d’esprit pour avoir la classe et surtout trop bêtes pour saisir le ridicule de leur attitude, ont l’habitude d’étaler leurs vies inintéressantes au possible à table. Ils s’assoient toujours en dernier pour que tout le monde les attendent (enfin sauf moi, parce que quand j’ai faim, j’ai très peu de patience, et je m’en contrecolle le calendrier s’ils me trouvent impolie). En général, ça consiste à parler de leurs acquisitions ou de leurs activités de beaufs et de leurs prix. Cette fois-ci, j’ai donc appris à ma grande joie, que leur cuisine avait coûté plus que mon salaire annuel brut. Grand bien leur en fasse… Loin de moi toute idée de convoitise, je ne saurais que faire d’une cuisinière à six feux et deux fours, mais leur manque de tact et de simple décence me sidère. Ça me facilite le transit intestinal, comme disait ma grand-mère.
Et aujourd’hui, le patron est venu avec sa nouvelle Porsche 911 Turbo S. Il a fallu qu’on sorte tous (on est sept) pour admirer son nouveau jouet.
Je me demande comment ils réagiraient, si je venais au travail avec mon nouveau jouet pour les épater… Ça ne serait même pas drôle, j’aurais certainement droit à des blagues sexistes de mauvais goût. Même si, quand on y pense, y a-t’il vraiment des blagues sexistes de bon goût ?

Je retourne faire semblant de travailler et je sens le poids de la misère intellectuelle me peser drôlement. C’est vrai, il y a sans doute pire comme emploi. Mais enfin tout de même, j’ai l’impression de décrépir à vue d’œil. Je me sens devenir toute petite intellectuellement, et que si on me laisse là trop longtemps, je vais devenir comme les fruits abandonnés, pourrie, flétrie, un peu rance.

Pour me consoler, je repense à un autre boulot de merde que j’ai tenu pendant deux ans durant mes études.
Imaginez. Je travaille dans une crêperie, avec une toque rouge dégueulasse qui me donne des petits boutons sur le front. En cuisine, on suinte une transpiration infâme faite de peur, de stress, de bouts de nourriture crue ou cuite de toutes les consistances. Dans ce monde merveilleux, Leila, 25 ans, alternant les cigarettes avec les rails de cocaïne, est votre patronne, et elle se sent toute puissante. Alors elle invente mille stratagèmes peu évolués pour vous faire sentir comme une toute petite merde minuscule. Elle a dans le regard, cette lueur du vice humain. Ses yeux brillent du plaisir qu’elle prend à faire enrager les autres, testant leurs limites de ce qu’ils peuvent supporter pour garder leur temps partiel au SMIC.
Heureusement, il y a les collègues. C’est tous des étudiants qui essaient de jongler avec les cours et la fatigue du travail en restauration. Pour pousser un peu plus loin le déséquilibre et compenser ce qu’on a subit, après avoir faits nos heures, il est déjà trop tard pour prendre le métro alors tant qu’à y être, on sort. On lâche les maigres pourboires péniblement reçus en alcool. On lie des amitiés de quelques années, celles qui nous servent surtout à supporter notre quotidien pendant un temps.
Je me rappelle à l’époque, chaque jour, je me rendais au travail la boule au ventre, et je me rappelais le texte de Kant sur l’aliénation due au travail en chaîne à l’usine. Bien sûr il reflétait une autre réalité, à l’époque de la révolution industrielle, mais je me sentais malgré tout tout aussi aliénée, avilie, qu’une bête de somme. J’avais osé communiquer mon désarroi et ma souffrance au téléphone avec ma mère. Elle m’avait répondu que « bah c’était comme ça, que dans la vie faut travailler, faut se forcer ». Quelle horreur.

C’est à peu près à ce moment là que s’est allumée en moi une flamme, celle de la révolte et de l’insoumission. Je ressentais tout mon corps et mon âme protester contre ce que je subissais. Ma réflexion s’étendait au delà. Pourquoi faut-il travailler, se forcer à faire quelque chose de potentiellement profondément dégradant, quitte à se dévaloriser tellement qu’on en vient à accepter son sort sans broncher ? Pour gagner trois sous ? Parce que “ça se fait pas” de ne pas travailler ? J’avais l’impression que ma mère me disait “j’ai galéré toute ma vie, maintenant que c’est ton tour, t’as rien à dire”. Elle avait même sous entendu que si je ne parvenais pas à m’y faire, je ne pourrais jamais rien faire de ma vie. Ah, c’était mal me connaître. J’ai un plan de domination du monde, simplement je ne peux pas encore le mettre en application;
Cependant, je comprends maintenant ce qu’elle avait voulu me dire. Rejeter le monde du travail tout en bloc, ça m’aurait juste mené à une misère financière encore plus grande, et ça n’aurait rien fait avancer.

Tout cela me fait réfléchir. J’en suis au même point, sauf que je n’étudie plus de concepts abstraits qui faisait turbiner mon cerveau, et après l’abrutissement cumulé de mes nombreuses heures de vide sidéral au bureau avec mes deux heures de transports quotidiennes, je suis devenue chèvre. Un animal qui s’exprime par béément, qui broute son écuelle journalière avec une monotonie inébranlable et cette absence de lueur dans les yeux qui fait penser à plus de la moitié des humains que les animaux n’ont pas d’émotions.
Quel est ce monde étrange où nous devons nous condamner nous-mêmes au travail à perpétuité. Nous y entrons tous petits et nous restons dans cette petite pièce humide, sombre et froide, sans fenêtre, sans espoir, à nous faire harceler par les désirs et les ambitions des uns, la médiocrité et l’acidité des autres, tous les jours jusqu’à ce qu’on atteigne, péniblement, avec un étonnement hagard, la retraite.
J’ai toujours détesté l’autorité, qu’on m’impose des règles que je trouve absurde. Pendant mes études, comme tous les rejetons de parents non fortunés, je me suis trouvés des petits boulots ingrats et éreintant. Je me souviens du lien direct et très fort entre ma bile et l’humiliation constante que je subissais. Ce lien est toujours présent.
A présent, ou est ma flamme de rebelle ? Je me plie comme jamais je ne pensais pouvoir me plier.

Je soupire chasse ces pensées de ma tête. Je songe plutôt à ce qui m’attends ce soir. Un homme qui me plait beaucoup et qui a le don de me donner beaucoup de plaisir. Une phrase qu’il a dite me revient et me fait rougir « j’adore ton corps ». J’en roucoulerais. Si j’étais honnête avec moi-même, je dirais que je me vois bien avec lui. Cependant il y a une grande part d’ombre chez lui. Et puis sa tendance a parler de son ex-copine. Je comprends qu’il soit encore plein de haine, il lui a fait une déclaration et elle le largue comme une merde. Mais moi j’en ai rien à faire. Je sens que c’est encore un de ces coups foireux où je ne suis qu’un pansement, une étape de reconstruction nécessaire avant qu’il ne se reprenne et vogue… en compagnie de quelqu’un d’autre. Enfin, pour l’instant, je prends mon pied et je ne demande pas plus. Il y a des sourires chez lui qui me font craquer. J’ai rarement fréquenté un mec aussi beau gosse. J’ai presque envie de faire faire une médaille ou un trophée pour l’exposer bien en vue de tous. Je me visualise déjà, brandissant mon trophée, les cheveux dans le vent, le teint parfait, des paillettes dans les étoiles, une musique d’Ennio Morricone en fond, croisant « par hasard » mon premier amoureux. Tiens ! Bien fait pour ta gueule ! Tu vois comment je suis géniale ? Ben voilà ce que t’as loupé, tocard !
Quand je me rends compte que je me marre toute seule en regardant par la fenêtre, je me ressaisis, me rabroue intérieurement « c’est pas bien d’objectifier un mec comme ça », regarde l’heure et décide de ne pas m’attarder plus que de raison. Puis j’entame mon périple pour transporter ma carcasse chez moi. Une autre journée s’achève. On est en décembre, quand je pars, il fait déjà nuit, c’est à la fois déprimant et inspirant. La nuit a toujours eu un côté magique pour moi. La nuit en ville, ben sûr. Comme une carte d’aventure, tout est possible…

Et puis c’est le monde où je rayonne, ou je me sens libre, par défaut…

A la Défense, je passe par mes coins habituels. D’abord, le magasin de parfums pour vaporiser un peu un échantillon du mien sous les aisselles et « rafraichir » mon odeur. En passant devant le stand maquillage, je m’essuie ce qui a coulé, tente de tasser mes cheveux vers une position plus précise sans succès, puis je reprends ma route, regardant mon téléphone toutes les cinq minutes. J’ai rendez-vous directement dans un bar. Ça y est, la fatigue est partie, je ressens cette excitation familière, celle de l’inhibition qui s’évapore comme une mini flaque sous un soleil du Mexique. Quand j’arrive, je bois vite, je fume beaucoup, je rigole fort et je balance des regards plein de promesses à tout le monde autour de moi, mais particulièrement au bel homme en face qui me sourit. La soirée passe trop vite, je pense furtivement à mon lendemain problématique, mais l’évacue rapidement. Pourquoi s’encombrer de scrupules alors que je prends mes rares moments de plaisirs et de ce que je pense être de liberté.

Ma tête sur l’oreiller, je regarde le visage de mon bel amant et me laisse aller à espérer un peu de tendresse. Je m’endors sans y croire pour me réveiller avec un solide mal au crane. Il est déjà partit, laissant un vide dans mon lit. Si je ne ressentais pas encore des vibrations chaudes dans mon entrejambe, je pourrais être tenter de croire qu’il n’est jamais venu chez moi. Un coup de vent, un coup de bite, et moi qui reste là, légèrement amère.

Hésitant entre allégresse et amertume, je me rends au travail pour une nouvelle journée réjouissante. Je sors subitement de mon égocentrisme obséquieux pour m’émerveiller devant la vision des feuilles délicatement éparpillées sur le sol gris foncé. Elles sont d’un jaune doux et puissant, un peu chaud, franc, qui tranche avec la couleur du bitume. Mon coeur s’apaise, je souris et affronte le vent du matin avec plus de courage.

La suite au prochain épisode 😉
Je vais sans doute remodeler au fur et à mesure mon récit, alors c’est l moment de me dire si vous avez des commentaires.

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3 réflexions sur “NaNoWrimo, ou ce qui s’en rapproche

  1. Pingback: Pisse de chien | Faconde et bagou

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