Poisonous

Alicia se promenait sur la mer des Caraïbes, sifflant un air de Johnny Cash. Dans sa petite barque qu’elle avait empruntée au Vieux Fou, elle voguait tranquillement en direction du soleil. Elle voulait essayer de pêcher pour amener quelque chose au repas qu’elle partagerait comme tous les jours avec tous les enfants du quartier. Tous orphelins, les ruelles de la petite ville portuaire étaient leur terrain de jeu. Ils étaient organisés grâce à l’autorité ferme de Mel, leur cheffe. Elle avait décrété qu’ils mangeraient au moins un repas par jour, le midi, en s’entraidant tous pour trouver chacun ne serait-ce qu’une broutille à partager avec tous les autres. Ils arrivaient presque toujours à manger à leur faim pour ce repas-là. Cette réunion quotidienne leur apportait aussi du réconfort, celui d’être ensemble, mais aussi un défi. Ils redoublaient d’efforts pour réussir à trouver sans chaparder.

Alicia avait accroché un petit coquillage à une ficelle, puis à un bâton. Elle savait comment et où ramer, mais elle ne connaissait rien à la pêche. Elle comptait bien apprendre. Elle avait vu le Vieux Fou faire plusieurs fois, et ça ressemblait à ça.

Quand la beauté du soleil levant sur la mer se fut éclipsée pour laisser le jour prendre possession de la ville, elle se décida à lancer sa canne à pêche de fortune, et attendit.

Autour d’elle, d’autres bateaux circulaient. Les mouettes allaient et venaient en jacassant. Toutes ces agitations produisaient toutes sortes de bruits autour d’elle. Puis elle commença a avoir une crampe. Elle n’aurait jamais pensé que la pêche puisse demander des efforts… Et de la patience !

Quand il fut pas loin de midi, elle hésita, mais décida de rester plus longtemps, loupant son repas, afin de tenter d’obtenir ne serait-ce qu’une petite sardine.

Le soir venu, déçue et affamée, elle finit par se résoudre, quand tout à coup le frémissement tant attendu se fit sentir au bout de sa canne. Toute sa fatigue s’envola. Concentrée sur la tension qu’elle sentait sur la ficelle, elle commençait à saliver en pensant au fameux plat qu’elle pourrait proposer à Froc, le garçon qui faisait la cuisine pour eux, car il savait faire de bons plats avec trois fois rien. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle était supposée faire. Elle repensa au Vieux Fou et tenta de tirer sur sa canne pour voir si quelque chose sortait de l’eau.

Elle ne s’attendait pas à une telle résistance. Elle tira plus fort, et finit par voir un poisson tout rond d’une vingtaine de centimètres émerger des flots. Ses yeux ronds semblaient fous. Il atterrit dans sa barque en rebondissant partout. Elle le regarda et eut soudain pitié. Il avait l’air de souffrir. Il sautait et se cognait sur le bois de la barque.

Sans trop savoir ce qu’elle faisait, elle prit le sceau qu’elle avait pris soin d’emmener pour y mettre ses trouvailles, le remplit d’eau de mer et relâcha le poisson dedans. Celui-ci sembla s’apaiser tout d’un coup et ne presque plus bouger. Il recracha mollement le petit coquillage dans l’eau du sceau.

Alicia le regarda. Le coquillage vide retomba dans le fond. Il n’y avait pas beaucoup de place alors le poisson ne pouvait pas vraiment nager. Elle s’affala dans le fond de la barque. Elle sentait qu’elle ne pourrait pas lui faire de mal. Mais rentrer sans rien… Elle était abattue, triste, et affamée. 

Elle rentra lentement au port. Elle ramena le sceau avec le poisson dans son coin de ruelle, luttant contre la fatigue qui lui sapait toutes ses forces.

Mel attendait non loin. Elle s’était inquiétée de ne pas voir arriver Alicia à midi. Elle fut soulagée. Lorsqu’elle s’aperçu qu’Alicia portait un chargement, son intérêt fit briller ses yeux. 

Alicia prit soudain de panique, posa le sceau dans la rue. Son esprit alla très vite, elle devait trouver une excuse pour que personne ne vienne manger son poisson rescapé. 

Alors elle dit simplement à Mel :  » C’est un poisson qui ne peut manger que du poison. »

Elle redouta la réaction de Mel, se disant qu’elle la traiterait sans doute de folle, qu’un poisson ça ne mange pas de poison. Mais son visage s’éclaira d’émerveillement. Elle la cru tout en block. 

« C’est vrai ? C’est génial ! Ça sera notre mascotte ! On va lui trouver un bocal plus grand quand même  !! »

Soudain, l’euphorie s’empara des deux gamines et elles se mirent à danser en chantant autour du sceau avec le poisson qui restait penaud, dubitatif.

Les enfants l’appelèrent « Poisonous ».

Court texte sur le mot « Poisonous ». J’ai un peu dérivé sur la sonorité du mot prononcée en français avec sa signification véritable… 

En lisant divers publications sur WordPress, je suis tombée sur une sur l’Inktober, que je connais bien. Je ne savais pas qu’on y imposait parfois des thèmes par jour. Comme j’ai tendance à n’en faire qu’à ma tête, j’ai pris les thèmes, sans qu’on soit en octobre, pour m’en faire des défis d’écriture quand j’en ai envie. Et là, j’en avais envie, alors j’ai commencé par le premier !

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Une réflexion sur “Poisonous

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