Suites sur les Héroïnes

Il y a plus d’un an, j’avais écrit cet article à l’occasion de la journée internationale de la femme, pour parler en gros, de la place des personnages féminins dans la littérature.

Je suis tombée sur une belle surprise : ce tumblr qui vise les personnages féminins en bande dessinée. La page d’accueil présente des couvertures classiques de BD en tout genre, légèrement revisitées… Ils ont remplacé les personnages masculins, (les héros, les personnages principaux) par leur équivalent féminin.

J’ai choisis celle-ci comme exemple, que je trouve particulièrement pertinente, à cause de ce que présente la situation : domination, maîtrise physique, nudité, ce regard soumis, cette expression assurée et prometteuse, le cadrage qui n’épargne rien de la nudité qui aurait pu être partiellement cachée, le noir dominant en arrière plan qui créé du contraste et renforce le focus sur le corps en avant, et enfin le commentaire navrant qui fait office de titre.

En effet, on commence à peine à en parler, il y a une certaine « culture du viol » qui existe depuis longtemps qui semble récemment exacerbée, notamment au cinéma. C’est-à-dire que le viol, c’est pas si grave, c’est souvent romancé, c’est presque sexy… J’ai l’impression parfois qu’on recule 50 ans en arrière sur certaines idées reçues populaires. Dans de nombreux films, livres et bandes dessinées, les viols sont montrés et loin d’être nécessairement condamnés, on dit carrément que c’est pas si grave, que c’est acceptable, courant, qu’en gros, ça sert à rien de trop s’offusquer, les femmes sont faibles et n’ont aucun moyen de défense, autant s’y résigner et puis tant qu’à faire en profiter !, faudrait pas non plus faire sa « chochotte ». Dans les pires cas, c’est carrément la fille « qui l’a bien cherché ». Sans compté cet horrible et perfide côté délibérément sexy. On le sait, de nombreuses personnes fantasment sur le viol et diffuser ce type d’image, c’est littéralement alimenter ces pulsions de violence. (Faut-il rappeler que le viol c’est un des actes les plus VIOLENTS que l’humain puissent s’infliger ?)

D’ailleurs, la violence, c’est un sujet quasiment tabou. On justifie de plus en plus l’omniprésence de la violence dans les médias et la culture visuelle actuelle, comme si on avait pas le droit de s’offusquer. Je me le fais souvent dire et je trouve ça triste et révoltant.

Si vous avez vu la dernière saison de Game of Thrones, vous y verrez comment une série de roman que j’appréciais entre autres parce que les personnages féminins sont aussi forts et/ou fuckés que les personnages masculins, où la violence était déjà à la limite de l’acceptable, devenir une effroyable série d’images de violence totalement gratuite où y figurent entre autres, plus de têtes coupées, plus de sang et plus de viols qu’on montre directement à l’écran (alors que s’il fallait absolument le mettre, on aurait pu le suggérer) et complètement absents des livres, tout ça pourquoi ? Pour vendre. C’est assez dégoûtant de penser qu’il faut montrer le plus laid de l’humanité pour vendre un produit de divertissement visuel. De manière générale, je reste confuse et sceptique devant les arguments pro catharsis qui justifient ces choix. À mon avis, ça ne rends pas service à nos esprits déjà tordus et tourmentés, d’être sans cesse saturés d’une violence et d’une perversité banalisées.
Pour en revenir aux héroïnes et à GoT, la série exacerbent beaucoup trop le corps des femmes (totalement nues, la plupart du temps) et la violence envers elles, par rapport aux personnages masculins (alors qu’on avait de bon potentiels de plan sur des assez belles fesses d’hommes, merci !(bien que ça n’aurait rien enlevé à ce que je pense)).

Pour en revenir à ce tumblr, en bande dessinée (comme ailleurs) et en particulier dans les BD d’actions, les BD policières ou d’enquête, la SF et la Fantasy, il n’y a pas que le viol, il y a toutes ces fois où on voit des femmes nues juste parce que ben, c’est beau, où on montre des femmes qui sont totalement impuissantes et qui n’ont jamais d’autres alternatives que laisser passer la violence, physique ou morale et attendre bien gentiment (en râlant un peu parfois, ce qui souvent est utilisé pour répéter que les femmes n’arrêtent pas de râler) de se faire délivrer par… un homme, plus gentil que les autres méchants, mais qui profitera éventuellement du paiement de son service « en nature », comme on le suggère la plupart du temps, parce qu’après tout, c’est ça qui est cool, quand on est un vrai aventurier ! Et il ne faut pas se le cacher, c’est aussi pour ça que tous les garçons rêvent de ces personnages. Quel pied, avoir des aventures, toujours réussir, sauver des filles canons qui servent à rien pour après profiter à souhait des « obligations » de celles-ci envers eux. Ben voyons.

Dans le même sujet, un superbe court-métrage qui met de façon évidente en exergue la banalisation du sexisme. À voir et à partager.

Publicités

Sisterhood of the World Bloggers Award

sister-hood-award

Je suis assez surprise, mais j’ai donc été nominée au « Sisterhood of the World Bloggers Award »… Bah pourquoi pas ?
En gros, si j’ai bien compris (parce qu’y a pas vraiment d’explications claires…) c’est une auto-congratualations de femmes blogueuses à femmes blogueuses.
Cela dit, je suis quand même contente que quelqu’un ait pensé à moi, je sais même pas si moi-même j’aurais pensé à moi mais en tout cas !
Merci Dominique avec son blog « Un esprit sain dans un corsage »
1- Voici les règles à suivre pour toutes celles qui désireront participer et faire suivre!
1. Fournir un lien et remercier la blogueuse qui vous a nominé pour ce prix.
2. Répondre aux 10 questions suggérées.
3. Nommer à votre tour 10 blogs que vous choisirez.
4. Faire un lien vers ces blogs tout en laissant un message aux nominées afin qu’elles sachent qu’elles ont été choisies.
5. Afficher le logo du prix sur votre blog.

===============
2- Les 10 questions à répondre :

1- Votre couleur préférée : Humf, jaune, pour répondre, mais sinon moi j’aimeuh touteuh les couleureuh, ok ?

2- Votre animal de compagnie préféré : Le Chevalx, mais ça prend de la place dans un appartement…

3- Votre boisson préférée : Rah, j’aime pas ce genre de question ! J’aime pas moi, l’exclusion ! J’aime la diversité, la multitude ! Alors j’ai le thé chai, l’eau, le jus de tomate, le lait, le rhum, la Coup de Grisou, le vin, le café, le jus d’orange pressé…

4- Lequel préférez-vous, Facebook ou Twitter ? : Boaf, quelle question pourrie. Ben Twitter, parce que c’est plus rapide, plus court et que ça laisse(un peu moins) place à la bêtise.

5- Votre modèle préféré : Voui, alors j’en déduis qu’à la base, c’est parti d’un bon sentiment anglophone. Donc c’était : Your favourite pattern. Et effectivement, google le traduit par « Votre modèle préféré », ce à quoi je ne sais pas plus répondre… Mais disons quand même quelque chose : pro-cra-sti-ner.

6- Vous préférez recevoir ou donner des cadeaux ? : Les deux, en même temps !

7- Votre chiffre préféré : Celui marqué sur mon chèque de paie.

8- Votre jour préféré : Demain

9- Votre fleur préférée : Celle qu’on m’offre !

10- Quelle est votre passion : L’imagination

Mes nominées :

http://nietzsche-et-paillettes.over-blog.com/

http://lumipoullaouec.wordpress.com/

http://mariebeaupain.wordpress.com/

http://sylectures.wordpress.com

http://moncafelecture.wordpress.com

http://lesdessinsdejulie2013.wordpress.com/

Made in Québec 🙂

http://comics.boumerie.com

http://glorieuxprintemps.wordpress.com/

http://angriestpear.com/

http://cathonchaton.com/

Le Monstre de Côte-des-neiges

C’était un village paisible et bienheureux, construit sur une grand colline où les habitants d’origines variées vivaient dans des maisons sous terre. Les habitations de Côte-des-neiges ressemblaient plus à des trous en fait, où, curieusement, il résidait une belle et limpide lumière. Les Côteneigeois comme on les appelait, étaient des gens simples, qui aimaient les arbres et leur majestueuse façon de danser dans le vent. La neige recouvraient toute la colline en hiver et les portes rondes des maisons lui donnaient l’air d’une colline à trous.
Mais vint un jour où la tranquillité de ce bourg fut dangereusement perturbée.

Ly et Lou étaient voisines. Elles vivaient d’un côté et de l’autre de la rue Victoire, mangeaient ensemble avec leurs parents au café du coin le matin, puis allaient ensemble à l’école Moue de Falle. Elles passaient toutes leurs fins de journées dans le bout d’une ruelle sans issue jusqu’à la tombée du jour, à réinventer le monde. Ly avait une imagination débordante et Lou était très réaliste et pragmatique.
Ce jour-là, les inséparables Ly et Lou se trouvaient encore une fois en arrière de la ruelle à se raconter des histoires, les unes attentivement observées, les autres totalement inventées. L’imagination de Ly alla tellement loin dans ses détails et dans sa profusion de créativité, Lou poussait tant et si bien son regard perçant sur les humains de ce monde, que soudain, au beau milieu de cette douce après-midi, se produisit un choc. Il y eut des étincelles et Ly et Lou furent renversées en arrière. Que se passait-il ? Puis, elles virent le monstre qu’était en train de décrire Ly, prendre vie sous leurs yeux. La puissance de son imagination s’était fondue avec l’incroyable réalisme terre-à-terre de Lou pour faire prendre vie aux fantasques images qui se trouvaient dans la tête de Ly et les rendre aussi réelles que le pragmatisme de Lou.
Elles étaient paniquées, car ce monstre était terrible ! Elles ne surent quoi faire et faute de mieux, se mirent à courir se réfugier dans leurs maisons, hantées par leur terrible secret. Elles savaient très bien ce que ce monstre faisait. Aucune d’elles ne put se résoudre à en parler à ses parents.

Plusieurs jours passèrent sans qu’il n’arrive rien d’inhabituel. Le troisième soir pourtant, tout le village de Côte-des-neiges tressaillit en entendant un terrible cri de détresse. Alertés, les villageois se réunirent autour des lieux du drame. C’était une petite maison coquette avec un petit jardin bien entretenu. On voyait aux rideaux d’un goût passé et soigneusement fermés sur chacune des fenêtres rondes, qu’il s’agissait là de l’habitat d’une personne âgée.
Après plusieurs heures d’explications faites d’onomatopées, d’adjectifs qualificatifs entrecoupés par une respiration haletante, on élucida le problème. Un monstre vraisemblablement fait d’au moins deux bras et de deux jambes, outrageusement poilu et doté d’un nombre de dent au dessus de la normale avait agressée Madame Rameau, débarquant au milieu de la nuit pour lui lancer plein d’idées dans la figure. Ces idées avaient terrorisé la brave Madame Rameau, porteuses d’un vent de changement, de progrès et de renouveau. Ce vent d’idée avait littéralement fait tourner Madame Rameau comme une toupie, provoquant un malaise et des nausées terribles. Le monstre avait ensuite pris la fuite à l’approche des Côteneigeois.
Après avoir tenté de calmer la bonne dame, on alla se coucher, sans plus trop s’inquiéter. Seuls quelques âmes sensibles firent quelques rêves emplis d’argumentations provenant de différentes idéologies. Ly et Lou ne dormirent pas du tout, angoissées qu’on découvre leur culpabilité dans cette affaire.
Deux jours après l’incident, le monstre fit une deuxième victime. Monsieur Hu fut réveillé dans la nuit par une bête au regard et aux cheveux de feu. Celle-ci lui lança des idées dans la tête sans aucune pitié. Monsieur Hu avait un certain âge et était terrorisé par le changement, n’importe lequel, qui pourrait perturber ses habitudes quotidiennes. Il avait lui aussi, tourné sur lui-même comme dans un mini ouragan extrêmement localisé. Il avait désormais un mal fou à marcher sur une ligne droite.
Puis ce fut le tour de Miss Johnson, trois fois grand-mère, elle avait des idées très arrêtées sur les choses, en particulier sur tout ce qui touchait à ses enfants. Elle avait mal vécu cet assaut inopportun de ce qui avait l’air d’un immense monstre aux sourcils terribles et à la peau luisante. La créature lui avait jeté des idées qu’elle avait soigneusement réussi à éviter pendant tant d’années. Elle était tellement énervée qu’elle n’arrivait plus à respirer correctement et sa face était toujours aussi rouge de colère après plusieurs jours. Elle avait eut aussi très peur, car au fond, ces idées-là lui faisaient simplement très peur.

À ce stade-là, les habitants de Côte-des-neiges commencèrent à être de plus en plus soucieux pour leurs aînés. Une brigade de surveillance fût mise en place par des âmes volontaires. Comme d’ordinaire, rien de jamais fâcheux n’arrivait au bourg, il n’y avait pas vraiment de police, mais il y avait Billy, un quarantenaire solitaire et amateur de roman policier avec son chien, Bob. Par voie de conséquence, Billy et Bob se mirent à enquêter sur les événements étranges.
Rapidement, Inspecteur Bill comme on commença à l’appeler, arriva à certaines conclusions. La première était que l’Ennemi, soit l’être qui avait commis les agressions, ne possédait aucun élément physiquement reconnaissable puisque les descriptions ne concordaient pas et la peur et la surprise aidant l’esprit à déformer la vue en fonction de ses propres codes démoniaques, cette Chose n’était pour le moment pas reconnaissable que par son action. La seconde conclusion concernait le choix des victimes : pourquoi ne s’attaquer qu’à des personnes âgées ? Quelles pouvaient bien être les motifs derrière ces agissements ? La troisième conclusion excitait particulièrement Billy : l’Ennemi possédait une grande capacité de réflexion et beaucoup d’Idées en stock, avec en commun un caractère novateur, progressiste mais dans n’importe quelle direction et concernant toutes situations, ce qui était d’autant plus déroutant. Finalement, la quatrième certitude, l’amateur de roman policier la garda pour lui : étant donné le manque total d’effraction et la rapidité avec laquelle l’Ennemi pouvait s’enfuir à l’approche des villageois, il soupçonnait une intervention éventuelle de quelque chose de magique.
Les jours suivants, les victimes se succédaient : Madame Nitch, Monsieur Hubert, Madame Rodriguez, Monsieur Cohen, Madame Izquierda, Monsieur Bienheureux, Madame Gonzalez del Filipo, Monsieur Baranov… Pendant ce temps, l’Inspecteur Bill mettait en place une surveillance accrue chez toutes les personnes âgées de Côte-des-neiges. Il voulait absolument rencontrer son Ennemi et lui poser des questions. Tout le village fût mis à contribution. Les aînés étaient de plus en plus angoissés, aucun d’entre eux n’avaient envie de voir cette bête.

(c) Sandra V.

La situation était critique, Ly et Lou se retrouvèrent au fond de leur ruelle.
« – Faut qu’on fasse que’que chose !
– Je sais, mais quoi ?
– Pfff je sais pas… C’est quand même nous qui l’avons créé non ?
– Ben je crois oui… On était ici, comme d’hab et…
– Ah ! Attends je crois que j’ai ptet une idée !
– Quoi, quoi, quoi, quoi ?
– Ben laisse moi parler.
– Désolée.
– R’garde, on faisait rien de spécial, on se racontait juste une histoire, non ?
– Ou… ouais.
– Ben ptet on devrait juste continuer notre histoire…
– Tu penses que ça va changer pareil ?
– On peut essayer non ?
– Ok mais faut pas faire n’importe quoi là, faut s’appliquer.
– T’as raison.
– Faudrait trouver une solution qui finisse bien, que ça soit pas louche.
– Hum mouais mais là faut faire un genre de plan alors.
– Je vais chercher du papier chez moi, je reviens dans cinq minutes !
– Et moi mon meilleur crayon ! »

Les victimes commençaient a être nombreuses. Étrangement, la bête ne repassait jamais deux fois par la même personne. Le vent des idées nouvelles les faisaient tourner comme des toupies, les laissant ébranlées, tremblantes comme les feuilles en automne. Les certitudes n’étaient plus ce qu’elles étaient. Les personnes les plus affectées par la visite du monstre étaient les plus seules, celles qui n’avait plus de famille ni de proches autour d’elles. Sans leurs convictions, elles se retrouvaient immensément démunies. Le choc post-traumatique était tellement fort que quelques-unes décidèrent de réunir toutes les personnes agressées dans une sorte de club, pour pouvoir parler de leurs expériences.
L’inspecteur Bill était en feu. Il furetait, arborant un vieux chapeau, dans les rues de Côte-des-neiges en cherchant des indices. Il faisait visiter toutes les maisons à son chien pour qu’il essaie de distinguer une odeur similaire quelconque… Il s’inquiétait de voir les victimes se rassembler ainsi car il y voyait une sorte de résolution du conflit, or il n’avait pas encore percé le mystère qui le hantait tant. Les villageois quand à eux, commencèrent à se tranquilliser. Bien que l’idée qu’un monstre à l’apparence indéterminée rodait le soir en quête de perturbations idéologiques ne les rassuraient pas, la santé mentale générale des personnes âgées commençait à être un peu plus gérable qu’au début de la crise. On parlait désormais un peu plus ouvertement de cette étrange bête et de cet étrange phénomène. Ceux qui l’avaient vécu se mirent à donner des conseils à celles qui attendaient leur tour en tremblant.

Mais un soir, l’inspecteur Bill, en proie à un immense sentiment de frustration irrésistible, errant toujours en quête de la vérité, s’arrêta pour ramasser la crotte de Bob. Il entendit des chuchotements suspicieux et dressa l’oreille. Des enfants, vraisemblablement. Il se redressa et jeta un œil à la ronde, il ne voyait personne. Il regarda son chien qui regardait au fond de la ruelle, les oreilles dressées comme s’il voulait jouer. Bill se dirigea lentement vers le fond de la ruelle sombre. Sa respiration se calma en même temps que son sang se mit à bouillir. Il y avait quelque chose de spécial ici. Il sentait ses poils se hérisser et sa barbe friser. Quelque chose d’inhabituel se tramait dans un coin. Il essaya d’effacer son sourire de dément qui commençait à naître sur son visage. Il arriva sans bruit prêt des deux fillettes et les observa attentivement.
Ly et Lou se disputaient par rapport au dernier point, le chapitre final.
« – Mais c’est bien allé pour l’instant ! Les vieux vont mieux, je vois pas ce que tu reproches à ça !
– Mais non, je te dis qu’y a que’que chose de pas net. Je sais pas quoi. J’ai l’impression de pas y arriver.
– On y arrive bien, il se passe tout ce qu’on a raconté !
– Oui mais… »
Lou retint souffle. Ly vit immédiatement que quelque chose n’allait pas et se retourna rapidement. Elle vit la silhouette d’un homme dans la lumière du lampadaire. Elles étaient terrifiées, saisies, immobiles, incrédules.
Billy s’avança en essayant d’avoir l’air sympathique, mais tout ce que les deux fillettes virent était un visage de fou avec un sourire doté de plus de dents que la normale. En parfaite symbiose, elles crièrent si fort qu’elles faillirent atteindre les ultrasons. Puis elles se mirent à courir le plus vite possible. Billy se lança à leur poursuite en leur criant de ne pas s’inquiéter, ni de partir, bref qu’il n’était pas méchant. Ce n’est que quand elles entendirent le nom d’ « Inspecteur Bill » qu’elles ralentirent. Elles se regardèrent. Il avait arrêté de courir et soufflait par le nez en se tenant les genoux.
« – Pff c’est plus de mon âge les poursuites. La dernière fois que j’ai fait du sport, ça doit remonter à trois hivers, quand j’ai du casser la glace du Gel Fantastique. Pfff !
– Vous êtes qui ?
– Et vous voulez quoi ?
– Oh on se calme hein, je suis pas un vampire ou un autre truc de ce genre. J’enquête seulement sur les agressions dont les vieux sont victimes en ce moment. »

Ly et Lou échangèrent un regard. Il ne pouvait pas savoir. Ce regard n’échappa pas à l’Inspecteur. Est-ce qu’il les avait entendu ?
« – Rentrons chez vous, si vous voulez bien, j’aimerais bien vous parler deux minutes. »

La mort dans l’âme, Ly et Lou rentrèrent chez Lou. L’inspecteur convoqua les parents des deux fillettes pour leur demander la permission de leur parler. Ils acceptèrent avec circonspection, tentant de déterminer si l’Inspecteur avait l’air d’avoir pris des substances particulières.
Ly, Lou, Billy et Bob se retrouvèrent dans un salon cosy, avec trois tasses de thé et des petits gâteaux sur une assiette. Bob avait eu droit à une petite gamelle qu’il engloutit en deux bouchées.

Quelques heures plus tard, Billy était très heureux. Il avait enfin élucidé l’affaire et se sentait comme dans un de ses romans. Il avait envie de dire des répliques bien tournées et de faire des mouvements de capes, mais il ne savait pas quoi dire et ne portait pas de manteau.
« – Qu’est-ce que vous allez faire, Monsieur?
– Ne vous inquiétez pas, les petites, je n’en parlerai à personne, promis ! »
Surprises mais contentes, elles sautèrent de joie.
« – Mais il va falloir finir l’histoire. »
Elles se calmèrent.
« – On arrive pas à se mettre d’accord sur la fin.
– Vous me permettez de vous aider ?
– Euh ben oui mais ça dépends, c’est nous qui décidons hein !
– C’est votre œuvre, je vais juste me permettre quelques suggestions, ça vous va ?
– Hum.
– Mmmok. »

Quelques tasses de thé et assiettes de biscuits plus tard, l’Inspecteur Bill et son chien Bob rentrèrent chez lui, sifflotant un vieil air de son enfance.

Quand toutes les personnes âgées écopèrent de la tornade d’Idées du monstre de Côte-des-neiges, elles surent qu’elles n’avaient plus rien à craindre. Le club « Pourquoi ? » que les victimes avaient formées devint un lieu de discussions enflammées sur les enjeux de demain. On y fumait la pipe, on jouait au bridge et on refaisait le monde, dans toutes les langues et dans tous les sens. Bientôt, on ouvra même un cabinet de consultation à destination des plus jeunes, afin de leur faire bénéficier après tout, de l’expérience durement acquise de ces personnes riches en histoires.

—-
Texte écrit dans le contexte d’un concours de création organisé par la bibliothèque de CDN. Il fallait écrire entre 2500 et 3000 mots de style libre sur le thème de « Côte-des-neiges, pourquoi ? » J’ai pas gagné le prix !! 🙂